Eurojade - Le Spécialiste du Jade - The Jade Specialist

BOUTIQUE

Museum of London, Londres, Angleterre

11 octobre 2013 - 27 avril 2014

The Cheapside Hoard - copyright Museum of London

Le 27 avril 2014 se terminait la superbe exposition consacrée au "Cheapside Hoard" (Butin de Cheapside), un trésor datant de la fin du 16e siècle et du début du 17e siècle découvert en 1912 dans une cave de Cheapside (quartier de Londres) et rassemblé pour la première fois depuis plus cent ans dans son intégralité pour être exposé au National Museum of London (Musée National de Londres).

Pour pouvoir admirer toutes les merveilles présentées, le musée en badine pas avec la sécurité : tout doit être déposé dans une consigne (veste, sac à main, etc.) et aucune photo n'est autorisée... bonne occasion pour acheter l'excellent livre consacré à l'exposition et rédigé par Hazel Forsyth.

Qu'est-ce que le "Cheapside Hoard" ? Il s'agit d'un ensemble de bijoux et autres objets précieux découverts, comme indiqué précédemment, en 1912. Ce sont des ouvriers qui creusaient une cave au 30-32 Cheapside, au coin de Friday Street, à Londres, qui firent la découverte en déterrant un coffre en bois contenant plus de quatre cents pièces de bijouterie datant des périodes elisabéthaines et jacobéennees. Il semblerait que les bijoux constituaient le stock d'un bijoutier caché pendant la Première révolution anglaise. Durant les périodes élisabéthaine et jacobéeenne le quartier de Cheapside était en effet en plein centre commercial de la Cité de Londres avec des boutiques de luxe et de nombreux bijoutiers.

Mais aucune certitude n'existe. On ne sait pas si les bijoux ont été façonnés juste avant d'être enterrés ou s'ils existaient depuis un certain temps déjà, si le butin a été enfoui par un voleur, ni quand ni la raison pour laquelle il l'a été. Le Trésor de Cheapside est représentatif du commerce international des pierres et des bijoux de l'époque : on y trouve des émeraudes de Colombie, des topazes et des amazonites du Brésil, des spinelles, des iolites et des chrysobéryls du Sri Lanka, des diamants indiens, des rubis birmans, des lapis-lazulis afghans, des turquoises perses, etc.

En ce qui concerne les perles, peu ont survécu après avoir été enterrées plus de 350 ans. La plupart des pierres sont taillées en cabochons, même si l'on en trouve quelques-unes facettées. Preuve s'il en est que les faux ne sont pas une invention récente, la collection comporte aussi des imitations ! Que trouve-t-on dans le Cheapside Hoard ? Voici un bref aperçu des merveilles que nous avons pu admirer :

- de l'or : cet or a été examinépar le "Goldsmith's Company Assay Office" (Bureau de Garantie des Bijoutiers) et il apparît que la plupart des objets en or de Cheapside Hoard correspondent au standard dit "Paris Touch" (Touche de Paris), soit 19,2 carats. A noter que le standard anglais en 1576 était de 22 carats et était déterminé par acte parlementaire ;

- épingles à chapeau : il y en a trois, une comportant un spinelle rose pâle et des diamants et deux en forme de crosse, l'une avec des turquoises et l'autre avec des rubis et des diamants ;

- bagues sceaux : deux bagues en or 19,2 carats. Le panneau de présentation indique que les bagues sont montées avec des "gemmes antiques romaines datant du premier siècle avant Jésus-Christ. Ces gemmes sont des agates dont l'une a été chauffée avec du miel pour assombrir sa couleur.

- bagues serties avec des gemmes : de nombreuses bagues sont exposées, beaucoup ont perdu les pierres gemmes (rubis, grenats, émeraudes... ) dont elles étaient serties et il a été déterminé que l'or qui les entourait était inférieur au standard anglais (22 carats). En revanche, l'or qui sertit la plupart des colliers dont les pierres sont restées en place titre 22 carats. Ce qui donne raison à un auteur du 17ème siècle indiquant que l'or le plus malléable n'est pas forcément le moins adapté pour sertir les gemmes...

- deux "rubis balais" (que nous savons aujourd'hui être des spinelles) font partie de la collection mais ce sont des imitations : en fait, des morceaux de cristal de roche (quartz) qui ont été teintés afin d'imiter le spinelle ! Il n'a pas été possible de déterminer quelle teinture avait été utilisée, mais l'on sait que le quartz était chauffé avant d'être imprégné d'une solution de teinture froide, le choc thermique entraînant la formation de fissures permettant une meilleure imprégnation ;

 

deux imitations "rubis balais" , tailles réelles 30 mm x 20 mm et 25 mm x 17 mm - photos copyright Museum of London

- autre imitation, un bijou composé d'une partie en pâte de verre rouge sertie et d'une goutte en pâte de verre verte. Antonio Neri était un artisan d'art florentin travaillant le verre qui avait perfectionné sa technique à Anvers et écrit un traité, "L'Arte Vetraria" en 1612 sur les différentes techniques d'imitation des bijoux. Il est possible que le bijou présenté ait été façonné à Anvers.

- camées : superbe camée d'Esope, en agate zonée blanche, bleue et marron, illustrant la fable d'Esope "Le chien et son ombre" ;

camée "Le chien et son ombre" - photo copyright Museum of London

- pendentifs en or maille fillet. A noter la reproduction de l'un des bijoux en trois dimensions par les élèves d'une école de bijouterie anglaise ;

- flacon à parfum : une petite merveille en or émaillé, opales, calcédoine, diamants, rubis, saphirs roses et spinelles dont l'origine est inconnue ;

- épingle "bateau" : précieuse miniature que cette épingle dont une perle baroque compose la coque et est surmontée d'un gréement en or ;

- manche de couteau en jade néphrite : il n'y a pas beaucoup de jade dans le Cheapside Hoard, mais il y en a tout de même ! Dans la même vitrine se trouvent également un manche de couteau en agate, des bols et des cuillères en agate bandée, un bol en calcite ;

- bagues et pierres non serties en oeil-de-chat (ou cymophane : il s'agit d'un chrysobéryl à effet de chatoyance) ;

- bagues et pierres non serties en pierre-de-lune ;

- fibrolite ;

- chaîne sertie de lapis-lazuli ;

- améthystes : de nombreuses améthystes font partie de Cheapside Hoard et sont exposées, certaines sont non serties mais la plupart sont montées en pendentifs, colliers, bracelets, boucles d'oreilles ou broches. Leurs couleurs varient du mauve le plus pâle au violet le plus intense, les améthystes les plus recherchées étant elle en provenance de Perse, du Sri Lanka ou de l'Inde dont les couleurs étaient les plus soutenues ;

- saphirs : comme les améthystes, de nombreux saphirs font partie de l'exposition, et leurs couleurs varient de rose pâle à bleu très foncé. Certaines bagues ont le fond doublé d'une fine couche de métal pour intensifier la couleur de la pierre. On note deux pendentifs avec deux saphirs exceptionnels du Sri Lanka, montés en pendentif, et un remarquable camée byzantin représentant Saint Thomas ;

- perles : peu de perles dans le Cheapside Hoard, sans doute à cause des conditions de conservation peu propices ; en effet il y a plus d'un millier d'emplacements vides dans les bijoux qui étaient occupés par des perles et il reste cent vingt-six spéciments dont le plus important et le plus beau fait onze millimètres de diamètre et fait partie du camée byzantin dont nous parlons ci-dessus. Une autre perle de taille similiaire est la perle baroque qui compose l'épingle "bateau" et figure la coque ;

- rubis : de nombreux rubis sont présentés, le plus gros pesant 32,58 carats. Sa structure lamellée mâclée lui donne une apparence assez terne caractéristique des rubis de Mysore en Inde ;

- turquoises : quelques bijoux sertis de turquoise, des pierres taillées et une petit tas de turquoise mélangée avec des gemmes de couleurs, des fragments d'émail, des fragments de rochers, du bois et.... une vertèbre de petit poisson ;

- perles en calcédoine blanche et en calcédoine bleue, en cornaline, en agate, en jaspe sanguin, etc. en larges quantités ;

- émeraudes : toutes les émeraudes présentées sont colombiennes. Elles sont de belle qualité et pour la plupart taillées en cabochon. Mais certaines pièces ont particulièrement attiré notre attention, notamment cette fabuleuse montre de poche dont le couvercle et le corps ont été probablement taillés dans le même bloc d'émeraude, ou dans deux morceaux semblables, dont l'origine est colombienne. La montre n'est pas signée, et on ne sait toujours rien sur cette montre, à part que le lapidaire, quelle que soit sa nationalité, était de très haut niveau. Cette oeuvre d'art est d'autant plus exceptionnelle qu'on ne connaît pas d'autre montre en émeraude dans le monde. A noter également parmi les émeraudes un minuscule perroquet percé pour être serti. Autre pièce majeure de l'exposition, une broche salamandre en émeraudes ; elle figure sur la couverture du livre consacré à l'exposition et est représentée en grand à l'entrée du musée (voir la photo en haut de page) ;

broche salamandre en or et émeraudes ;  longueur réelle 40 mm - photo copyright Museum of London

- grenats : ils constituent le groupe le plus important de pierres non serties de Cheapside Hoard. On trouve plusieurs types de grenats : des grenats almandins, des grenats pyropes (appelés alors "escarboucles"), ainsi que des grenats hessonites ("jacinthes" à cette époque) ;

- pendentif "écureuil" : minuscule pendentif représentant l'écureuil rouge eurasien, seul écureuil natif des Iles Britanniques ;

- chaînes : une trentaine, de longueur variable, font parti du trésor mis à jour en 1912. La plupart comportent des motifs floraux, des feuillages, des étoiles et des noeuds en émail blanc ou de couleur ponctué par des diamants. D'autres sont composés de cabochons ou de pierres facettées et de perles. La partie émaillée et les perles des colliers sont souvent manquantes ou endommagées, mais ces colliers restent les seuls témoins de l'époque où ils ont été fabriqués ; 

chaînes diverses - photo copyright Museum of London

- objets mystérieux : quelques objets ne correspondent pas à un genre précis, notamment des objets en or et en nacre, dont on ne sait pas s'ils étaient faits pour être portés ou avaient un tout autre usage ;

- aigrettes et poignées d'éventails : une collection unique en son genre de bijoux, probablement des aigrettes et des poignées d'éventails, sans que l'on en est la certitude, figure dans le Cheapside Hoard. Les motifs représentent principalement des fleurs de lotus en émail blanc, vert et bleu et des caducées ailéss (le caducée est l'attribut du dieu Hermès dans la mythologie grecque). D'autres bijoux comportent des grenats, des améthystes est des perles, un autre comporte un grenat hessonite entouré de grenats almandins ; - diamants : la plupart des diamants de Cheapside Hoard sont utilisés avec des pierres de couleur. Il existe cependant deux exceptions : un diamant monté en solitaire dont l'anneau, conçu pour un doigt très fin, est recouvert d'émail, et un bijou qui faisait peut-être parti d'un ensemble plus important dont les diamants sont sertis symétriquement ;

- bagues "rosette" : belle collection de bagues avec une pierre centrale de couleur ou une perle entourée d'autres pierres de couleur (beaucoup d'émeraudes et de grenats) ;

- boucles d'oreilles "gouttes" et "grappes" : fabuleuse collection de pendants d'oreilles, composées de gouttes ou de perles d'améthystes, de grenats et d'émeraudes ;

- feuille de fraisier : minuscule feuille de fraisier (emblème de l'amour mais aussi de la foi chrétienne) taillée dans un morceau de jaspe sanguin ;

feuille de fraisier en jaspe sanguin ; taille réelle 15 mm x 15 mm - photo copyright Museum of London

- curiosités et gemmes "antiques" : vingt pierres gravées ou glyptiques, la plupart sous formes de camées (taille en relief) ou d'intailles (taille en creux) non montés. L'un des camées représente Diane surprise par Actéon, un autre Elisabeth 1re. Un groupe de caméees en verre bleu et violet est également très intéressant, deux camées représentent la tête du Christ (désormais cassée) et Ecce Homo, deux autres représentent Saint Marc et Saint Jean l'Evangéliste. Un camée représentant Saint George terrassant le dragon en verre violet complète cette collection mystérieuse puisqu'aucun autre camée de ce genre datant de cette période n'est connu. A noter également un camée en sardoine attribué aux ateliers d'Alexandrie du premier ou deuxième siècle après Jésus-Christ, représentant une reine ptolémaïque et un camée byzantin en améthyste gravé en haut-relief, représentant deux saints dont les noms, Saint Dimitri et Saint Georges, sont gravés en grec.

camée en sardoine représentant une reine ptolémaïque - photo copyright Museum of London

 

camée en améthyste représentant Saint Dimitri et Saint Georges - photo copyright Museum of London

- singe en chrysobéryl du Mexique : minuscule figurine représentant un singe assis ; - cristal de roche : beaucoup des objets de Cheapside Hoard sont percés et montrent des signes d'usure ce qui laisse penser que les parties métalliques avaient été retirées pour être recyclées ;

singe en chrysobéryl ; hauteur réelle 9 mm - copyright Museum of London

- boutons : nombreux boutons avec de l'émail blanc et de couleur et des pierres ;

- crapaudine (dent de poisson fossilisée, dont on pensait à l'époque qu'elle était produite par les crapauds !) : un lot de dent fossiles est exposé ;

- la montre de Ferlite : c'est le seul objet de Cheapside Hoard qui porte une marque, celle de Gaultier Ferlite, qui était d'origine italo-suisse et fils d'un natif sicilien de Palerme ;

- sceau en cornaline : ce petit sceau est gravé d'une variante du blason du vicomte de Stafford (qui fut exécuté pour haute trahion en 1646), qui permet de relier le bijou, comme la montre de Ferlite, à une personne en particulier. Le Cheapside Hoard est bien présenté, les vitrines contenant le trésor alternant avec des tableaux d'époque représentant des personnages portant des bijoux en relation avec ce qui est exposé et d'autres vitrines proposant quelques pierres à l'état brut et taillé, ces pierres étant les mêmes que celles que l'on trouve dans les bijou du trésor : rubis, saphirs, citrines, améthystes, péridots... Une exposition rare, nous permettant de voir un large panorama de bijoux et autres pièces précieuses, liée à un mystère qui ne sera probablement jamais décrypté, et complétée par un catalogue d'exposition de grande qualité... nous avons été surpris de ne voir le jour de notre visite que des visiteurs anglophones, donc très peu de touristes venant de l'autre côté de la Manche. Dommage car ce genre d'exposition est une rareté qui méritait vraiment de faire le déplacement.

Pour conclure, un superbe moment que nous avons prolongé en nous plongeant, sur le chemin du retour dans l'Eurostar, dans le magnifique catalogue de l'exposition rédigé par la conservatrice du musée, Hazel Forsyth.

 

Nota : nous tenons à remercier le Museum of London de nous avoir accordé l'autorisation d'utiliser les photos publiées dans cet article. Aucune de ces photos ne peut être utilisée sans l'autorisation expresse du Museum of London et de ce fait cet article ne peut pas être reproduit ou utilisé en tout ou partie, notamment sur les sites internet des réseaux sociaux.

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