Jade jadéite & Jade néphrite

néphrite du Canada (à gauche) et jadéite du Myanmar (à droite)

jadéite du Myanmar (à gauche) et néphrite du Canada (à droite)

Il existe en fait deux sortes de jade, la jadéite et la néphrite : la jadéite est une roche, faisant partie du groupe des pyroxènes, composée de silicate de sodium et d’aluminium alors que la néphrite est une roche composée de silicate hydroxylé de calcium et de magnésium. Elles n’ont pas été différenciées avant le XVIIIe siècle (1784 plus précisément) et formellement identifiées avant 1863 par Alexis Damour (minéralogiste français 1808-1902), où l’intérêt pour la néphrite (qui fait partie de l’histoire des Asiatiques depuis plus de 7000 ans) s'est reporté sur la jadéite.

Le système cristallin de la jadéite comme de la néphrite est monoclinique. La jadéite se rencontre dans un grand nombre de couleurs (blanc, mauve, violet, rouge, orange, jaune, brun, vert pâle à vert intense - avec des taches typiques vertes et blanches - vert foncé à noir, bleu) alors que la néphrite a une gamme plus restreinte : blanc à vert foncé, brun, orange, gris-bleu et noir. Comparée à la néphrite, la jadéite est plus dure : 7 (avec une légère différence selon la direction dans les monocristaux) contre 6, et plus dense : 3,30 à 3,36 contre 2,8 à 3,1. Elle a aussi un indice de réfraction plus élevé : 1,64 à 1,68 contre 1,62 (dans les deux cas, la démarcation n’est pas très nette). En dépit de sa dureté moins forte, la néphrite est très résistante à cause de sa structure particulière : des cristaux microscopiques fibreux imbriqués les uns dans les autres, rendant la cassure inégale ou esquilleuse (la texture de la jadéite est en grains). L’éclat et la transparence peuvent aller de gras à vitreux et de translucide à opaque pour les deux.

Le Myanmar est la source la plus importante de jadéite. Il faut savoir que la plupart de la jadéite en provenance du Myanmar sort du pays par le marché noir. La Chine et Hong Kong taillent pratiquement l’intégralité de cette jadéite ; une toute petite partie est vendue lors du marché biannuel gouvernemental de Rangoon. Les chinois achètent d’énormes « boulders » (roches mères) sur ce marché (ou, de façon illégale à Chiang Mai, en Thaïlande) en pariant que toute la roche à l'intérieur sera identique à l’étroite fenêtre pratiquée dans la roche leur présentant un morceau de la jadéite polie… Ceci pour des millions de dollars parfois…

Quant à la néphrite, la Colombie Britannique au Canada en est la source la plus importante. Ceci depuis les années 70 et 80 où un homme, Kirk Makepeace, a complètement changé l’orientation d’une entreprise de construction en la réorientant vers l’exploitation de jade et en achetant les trois mines principales (Ogden Mountain), Kutcho (le plus grand volume de production) et Polar (cette dernière donne lieu d’ailleurs à la seule appellation particulière concernant la néphrite, à cause de sa couleur translucide et intense très particulière et très belle ; la mine est épuisée aujourd'hui). Les acheteurs sont principalement chinois et taïwanais (la taille ne se fait quasiment pas au Canada, sauf par des artistes de renom dont les pièces valent plusieurs milliers de dollars) et le reste du monde produit tellement peu de néphrite en quantité que le Canada contrôle pratiquement tout  le marché de la néphrite. Autres sources : Nouvelle-Zélande, Australie,  Russie, Etats-Unis (Wyoming) et quelques autres endroits mineurs dans le monde.

Une pierre dont la couleur est uniforme est généralement plus recherchée, mais beaucoup de spécimens ont plusieurs couleurs dans une seule pièce. Les Chinois ont une grande variété d'expressions pour identifier les combinaisons de couleurs existantes : mousse dans la neige, sang de poulet, feuille de la vallée, vieille mine, herbe de printemps... Auparavant, ils identifiaient des couleurs "rituelles" du jade et parlaient même de couleurs "invisibles à l'oeil".

La jadéite se présente en six couleurs de base, assorties de nombreuses variations : vert, blanc, jaune, rouge, lavande et noir, le vert étant la couleur la plus importante et la couleur traditionnelle, qui varie du vert pomme au vert-noir en passant par le vert-gris.

quelques exemples de jadéite A du Myanmar de différentes couleurs

Les jades de couleur verte doivent cette couleur à la présence de chrome. Le jade dont la couleur verte est la plus uniforme, translucide et intense, d'un vert "émeraude", est appelé "jade impérial". Le jade impérial est particulier dans le sens où il est rattaché historiquement et symboliquement à l'Empereur et à sa famille. Sa couleur est d'un vert translucide et intense et la pierre est exempte de taches ou variations de couleurs. Cette pierre est rare et onéreuse, car elle est la plus recherchée.

Cette couleur est rare et de ce fait, le jade impérial est (très) cher. Si le vert est plus sombre, il est appelé "vieille mine" ("old mine"). Plus clair, il peut être appelé "jade printanier" ("spring jade") ou "jade canari" ("canary jade").

Une couleur également très recherchée est le "vert pomme" ("apple green").

cabochon en jadéite du Myanmar

Quand le vert pomme est légèrement teinté de gris, il est dénommé "vert haricot" ("bean green"). S'il est légèrement bleuté, il sera appelé "vert céladon" (celadon green).

Les dénominations qui qualifient le vert sont innombrables et correspondent à une comparaison de la couleur avec la nature.

Comme pour toutes les autres couleurs, les variations fortes de couleurs et les inclusions ou fissures ou autres fractures diminuent la valeur de la pierre.

La couleur lavande varie de très clair à foncé, quasiment prune, et elle peut avoir une nuance bleue. Elle peut aussi être proche du rose, sans jamais l'atteindre. Souvent, la texture ressemble à celle du sucre.

jadéite du Myanmar bicolore (verte et lavande)

Le jade blanc peut être blanc-gris translucide mais aussi crayeux et opaque. Il doit être bien poli.

Le jade noir est souvent de la néphrite (il est plutôt gris très foncé que noir dans le cas de la jadéite) et dans sa qualité supérieure, il est noir brillant comme du verre.

Le jade jaune varie de jaune-orange à rouge en passant par beige et brun. 

lien vers les appellations chinoises de la jadéite

La néphrite se présente dans une gamme de couleurs moins importante que celle de la jadéite. Son éclat est en général plus terne et sa texture plus cireuse. Vieilles pierres du Turkestan : blanc crème ("graisse de mouton"). Pierres modernes : vert olive à gris-noir.

 

  jade néphrite du Canada à gauche et jade jadéite du Myanmar à droite

 

Ce sont les Espagnols qui, en conquérant l'Amérique centrale, découvrirent une pierre de couleur verte à laquelle les Indiens attribuaient le pouvoir de guérir les maux de reins. La nommant "piedra de ijada" ("pierre de reins" - ou "pierre de flanc" -), le mot français qui en découla devient "pierre de l'éjade" puis, par déformation, "jade". Ce mot apparaît pour la première fois dans le "Dictionnaire général" en 1667.

Le scientifique français Alexis Damour a choisi le terme "jadéite" en 1863 pour caractériser les jades, de couleur verte et originaires de Birmanie qui, un siècle plus tôt, avaient commencé à inonder le marché chinois.  La jadéite est en général plus brillante et translucide que la néphrite, et sa couleur, souvent verte, a contribué à laisser croire que le jade est une pierre de couleur verte, condamnant à l'oubli les jades blancs du Turkestan. Alexis Darmour proposait de réserver le mot "néphrite" au jade du Turkestan.

Le jade d'Amérique centrale ne reçut que bien plus tard un nom scientifique : "lapis nephreticus", du grec "nephros", qui signifie rein et correspond à l'organe qu'il est présumé soigner.

Les Chinois traduisent "néphrite" par les mots "lao-yu" (vieux jade) ou "pai-yu" (jade blanc) et jadéite par "fei-ts'ouei yu" (jade de martin-pêcheur).

Certaines chroniques historiques affirment que la pierre de yu n'a pas toujours été exportée du Turkestan. Jusqu'aux premiers siècles de l'ère chrétienne, elle aurait été extraite de mines situées en Chine même, dans la province du Chan-si, en particulier à Lan-t'ien (sud-est de Si-ngan), près de la montagne de Jade (Yu-chan). Rien ne permet de confirmer que cette pierre ait été du jade, d'autant qu'aucune mine n'a été retrouvée au Chan-si.

En revanche, le jade du Turkestan a pénétré en Chine bien avant l'ère chrétienne, dès le IVème siècle avant Jésus-Christ. Les peuples turcs yüeh-chih (IIème siècle avant Jésus Christ-1er siècle après Jésus Christ) qui contrôlèrent les monts Kunlun, en furent peut-être les premiers introducteurs. Leur nom a en effet été associé au terme "casia", qui signifie "jade" pour les Grecs.

Pour les Chinois, le jade était la plus précieuse des pierres et entrait dans la fabrication des instruments sacrés et des insignes du pouvoir. Il était symbole d'autorité, de sacré, réservé aux plus puissants et en même temps paré de toutes les vertus (la charité, la droiture, la sagesse, le courage et l'équité).

Les attributs en jade avaient tous un langage différent, riche en symboles, et renvoyant à la position sociale de celui qui les portait. Selon la position sur l'échiquier du pouvoir, la couleur du jade change : la ceinture de l'empereur était de jade blanc, celle des princes de jade vert et celle des préfets de jade bleu.

L'empereur Ts'ien-lung, au XVIIIème siècle, a notamment été un grand amateur de jade du Turkestan.D'après le "Mémorial des rites", livre canonique du Céleste Empire, le jade était "comme la matière subtile de l'arc-en-ciel, concrète et fixée sous la forme de pierres dans les montagnes et les rivières".

La première culture à avoir révéré le jade est la Chine. Il y a plus de 5000 ans, des peuplades venues des montagnes Kulun ont commencé à négocier du jade local en passant par la ville de Hotan sur la fameuse Route de la Soie. L'explorateur Marco Polo en fut le témoin en 1272, ce qui lui donna le privilège d'être le premier européen à observer les chinois ramasser le jade à sa source. A l'époque déjà, on façonnait dans le jade des sculptures remarquables tant par leur style que par la complexité de leur réalisation.

Peu après et peut-être même de manière contemporaine, les communautés à l'ouest du Lac Baïkal en Sibérie utilisèrent aussi le jade, non pas pour sa beauté comme en Chine, mais pour sa capacité à en faire un instrument aiguisé, indispensable à  la vie quotidienne.

Puis ce fut au tour des Olmèques d'Amérique centrale. A partir d'environ 1500 avant Jésus-Christ, ils se mirent à fabriquer des instruments d'adoration en jade ainsi que dans d'autres matériaux. Leurs dépôts de jade servirent aussi aux Mayas par la suite jusqu'à environ de 900 avant Jésus-Christ puis après, aux Aztèques. Ces derniers furent des adorateurs du jade jusqu'à ce que les Espagnols, dont l'intérêt premier était l'or, les massacrent. C'est à ce moment-là que les dépôts de jade des Aztèques furent découverts.

La Suisse aussi capitalisait sur les qualités spéciales du jade à cette époque. Bien sûr, la région autour du lac de Constance ne portait pas ce nom en 3500 avant Jésus Christ, mais c'est à cet endroit que le jade était utilisé pour fabriquer des haches servant à couper le bois et à tuer les animaux.

A la même époque, les Maoris résidaient en Nouvelle-Zélande depuis presque 500 ans et ils manifestaient la même révérence pour le jade que les chinois.

Le mot "yu" est utilisé depuis des temps très anciens par les Chinois pour désigner toute pierre de valeur taillée, et pas seulement le jade. L'idéogramme correspondant (et toujours actuel) représente trois pièces de jade attachées l'une à l'autre par une corde, et fait référence à un objet de culte.

A noter qu'à l'époque de Marco Polo, le jade était confondu avec le jaspe, la calcédoine ou même le marbre.

En ce qui concerne les rituels mortuaires, le jade était très présent également, puisqu'il était censé aider à la renaissance du corps (selon la religion taoïste).

L'amulette de jade représentant une cigale est un parfait symbole de la résurrection. Le taoïsme utilise d'ailleurs beaucoup le jade dans son vocabulaire.

Selon Confucius, la vertu et le jade sont comparables.

Il est intéressant de noter que les lapidaires chinois ont toujours préféré le jade "pêché" dans les rivières que celui extrait des mines. La "pêche" au jade est d'ailleurs une tradition très lointaine illustrée notamment par des gravures où des jeunes femmes, représentant le principe féminin ying, vont chercher du jade (représentant le principe masculin yang) dans les rivières.

Le jade est très différent des autres gemmes, par exemple du diamant, du saphir, etc. Pourquoi ? Parce qu'il ne se facette pas, sa mise en valeur s'effectuant principalement par un polissage soigné.