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"Une cour royale en Inde : Lucknow (XVIIIème-XIXème siècle) - Objets en jade de Claude Martin"

Musée des Arts Asiatiques Guimet, Paris

6 avril - 11 juillet 2011

Cette exposition a été conçue et organisée par le Los Angeles County Museum of Art (LACMA), et a été présentée au Musée des Arts Asiatiques Guimet du 6 avril au 11 juillet 2011.

Elle avait été précédemment présentée à Los Angeles sous le titre "India’s Fabled City : the Art of Courtly Lucknow".

Première grande rétrospective internationale consacrée à la culture cosmopolite de la cour royale de Lucknow qui trouva son épanouissement aux 18ème et 19ème siècles, cette exposition permet l’occasion d’admirer près de 200 œuvres provenant des plus prestigieux musées du monde entier : peintures à l’huile de tradition européenne, aquarelles et gravures, miniatures et peintures de cour indiennes, textiles et parures, objets d’art décoratif, pièces d’orfèvrerie, verrerie et bijoux, autant d’objets qui traduisent l’art raffiné et éclectique de cette cité.

Lucknow fut la véritable capitale culturelle de l’Inde du nord, éclipsant même Delhi un temps, du milieu du 18ème siècle jusqu’à l’établissement définitif du pouvoir britannique en 1858.

Artistes, poètes et courtisans affluèrent à Lucknow. De nombreux européens, artistes, voyageurs et représentants des pouvoirs politiques se retrouvèrent dans la cité, séduits par sa beauté et son opulence ainsi que par la réputation de générosité des nawabs , maîtres de Lucknow.

L’exposition met en lumière ce dynamisme des échanges avec l’Europe, la rencontre des goûts, le style de vie hybride qu’y menaient les résidents tout en replaçant ces échanges dans le cadre plus large de l’histoire coloniale du pays.

Un aspect jusqu'ici peu remarqué des arts décoratifs de la région de l'Awadh (région du Nord-Ouest de l'État indien actuel de l'Uttar Pradesh) dont la ville de Lucknow fut la capitale durant une grande partie de son histoire) est son art lapidaire. Du 16ème au milieu du 19ème siècle, une tradition sophistiquée de gravure de gemmes et de pierres et un marché extensif des pierres brutes et des produits finis fleurit en Asie du Sud, particulièrement dans le Royaume mogol et le Deccan.

Les nawabs, nobles et résidents étrangers faisant partie de l'élite de Lucknow et de Faizabad étaient parmi les premiers consommateurs de ces produits de luxe.

Un sceau élégant en émeraude portant les nom et titre du Colonel Antoine-Louis Polier et la date 1774/75 (AH 1188) est un exemple de la haute qualité du travail lapidaire de la région d'Awadh. Ce sceau peut être directement associé à la région d'Awadh non seulement sur la base de son type très reconnaissable, mais l'on sait également que Polier avait engagé un lapidaire connu pour effectuer des gravures sur des sceaux, des rubis et d'autres gemmes. Son nom était Muhammad Salah Khan, il vivait à Faizabad et voyageait aussi avec la cour de Shuja al-Daula.

Cette qualité de gravure a duré jusqu'à la moitié du dix-neuvième siècle, ce dont témoigne un sceau en agate délicatement gravé pour l'accession au trône de Wajid Ali Shah en date des années1946/47 (AH 1263) et qui apparut récemment sur le marché londonien.

Même si la présence à Lucknow d'oeuvres d'art en jade néphrite et autres pierres dures est attestée par des archives historiques, peu d'exemplaires ont survécu. Le travail le plus fin et le plus important est une poignée d'épée exceptionnelle en jade blanc incrusté de rubis et d'émeraude enchâssés dans des sertissages en or. La lame de l'épée est à Claude Martin par Asaf al-Daula en 1786/87 (AG 1201).

Sur la lame et la poignée, la feuille d'acanthe fendue est utilisée comme un élément typique des arts décoratifs de Lucknow et la bractée (le foliole) d'acanthe est aussi utilisée sur la poignée à la mode de Lucknow.

Identifié ici pour la première fois comme un travail de Lucknow, l'objet comporte le même genre de dessin inscrustationet de motifs de feuille d'acanthe fendue et de bractée d'acanthe.

Les nombreuses possessions de Claude Martin en objets d'art et en pierres dures ont été inventoriées lors de sa succession par ses exécuteurs testamentaires, Hamilton and Aberdeen, en mai 1800 avant la vente publique qui eut lieu à Calcutta en janvier 1801. Celui qui prépara l'inventaire décrit la grande majorité des pierres dures comme de l'agate, mais il est très plausible que les objets aient été en fait en jade.

En effet, d'une part, il y a une grande variété d'objets, y compris une poignée en agate de "Tuhwar" (talwar/épée) donnée par Sujahh Dowlah (Shuja al-Dala).  Etant donné le corpus étendu d'objets en pierre dure du sud de l'Asie, un spectre typologique de cette gamme et de cette taille de grands objets correspondrait plus volontiers à des objets faits en jade plutôt qu'en agate.

D'autre part, au moment de compiler l'inventaire immobilier de Claude Martin, "agate" était à l'époque le mot utilisé en anglais pour traduire le terme persan pour le jade, "yashm".

De ce fait, l'inventaire des possessions de Claude Martin montre qu'il existe non seulement de nombreuses oeuvres d'art en jade parmi ses effets personnels mais aussi de leur présence dans la collection royale du Nawab.

L'origine de la poignée de jade sur l'épée gravée de Claude Martin attribuée à Lucknow est de ce fait fortifiée. Ce peut être alors regardé comme un repère clef pour le jade de l'Asie du Sud du futur.

Miroir en jade néphrite vert avec un dos en émail multicolore et une décoration florale en or, actuellement dans la collection des Arts Islamiques du Musée de Malaisie in the Islamic Arts Museum Malaysia (2008.1.14). Le miroir comporte une inscription difficilement lisible ; "Colonel Claud(e) Martin, Lucknow, 1781". Une référence dans l'inventaire de Claude Martin est celle d'un "miroir avec un cadre en agate" pourrait lier cet objet au miroir gravé, et serait la confirmation tangible que du jade a été travaillé de manière sophistiquée et collectionné à Lucknow.

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